Tout

ira

bien.
La B.O de ce journal :

 

ARCADE FIRE, NEON BIBLE, FUNERALS

RADIOHEAD, OK COMPUTER, Lucky

TOM YORKE, THE ERASER

STARS, Elevator Love Letter

TEGAN AND SARA, Nineteen, Relief Next to Me

GOMEZ, We haven’t turn around

PLACEBO, Meds

FRANCE GALL, Laisse tomber les filles

BEN KWELLER, Sundress

ELISTA, Courage / Lâcheté

FEIST, Moon man

I AM FROM BARCELONA, We Are From Barcelona

VALE POHER, New E.P

HELLUVAH, Breath In, Breath Out

MANSFIELD TYA, JUNE

CHARLES AZNAVOUR, Et Pourtant

SKUNK ANANSIEPARANOIT AND SUNBURNT

SEXY SUSHI, L’INTEGRALE

SHANNON WRIGHT – LET IN THE LIGHT, Defy This Love

PATSY CLINEShe’s Got You

LENNY KRAVITZ, BAPTISM

LES RITA MITSOUKO, VARIETY

 


Mercredi 4 juillet

Durtol, 17h37

Dernier jour Clermontois avant départ en week-end de pré-vacances. Yeah. Répèt, nouvelles compos. Fin de journée à finir le journal et à fumer dans la cuisine sur des airs de musique cubaine, ça sent l’été.

J’ai hâte que Sofia nous appelle bientôt pour nous annoncer la fin du montage du clip, hâte de voir ça, de voir ce que ça donne pensez-vous. Souvenirs du tournage en tête, équipe en folie, sur les toits de Paris, dans le métro, sur les bords de Seine… j’en dis trop là ? Boire de la Hollandia en regardant le Sacré Cœur s’éteindre, porter un groupe électrogène à s’en bloquer le dos pendant trois jours, regarder des gens ivres se baigner dans la Seine à 4h du matin, prise par prise, recommencer encore. Souvenirs de pinceaux plein de blush quand Vanessa, notre maquilleuse favorite improvisait en n’importe quelle circonstance des retouches minute. Puis la journée de tournage live aux Abattoirs à Bourgoin, la reprise de Scorpions, les 40 fois où nous avons joué et rejoué Paris, les pétages de plomb, Pierrot s’essayant aux travellings circulaires, Sarah toujours prête à dégainer son appareil. L’apéro fin de tournage à la maison, reprendre Shannon Wright au piano, chorégraphier Like a Virgin avec Camille, chercher désespérément une dernière bouteille de Martini… Le lendemain, jouer au Citron, résister à la canicule du bar, finir au petit matin, emmener Sylvain et Eleasy au Marais, monter sur le podium hilare, ne pas en croire ses yeux.  Aie aie aie folle jeunesse.

 

J’ai aussi hâte de partir, de changer d’air, même si j’ai du mal à décrocher la plus part du temps. Je pense à notre futur week-end dans le sud, à l’odeur du barbecue, à l’air frais des tombées du jour, aux cigales qui doivent déjà s’en donner à plein poumons, à l’odeur des pins, à la mer, aux petits déjeuners sous les oliviers, aux matins frais et à l’odeur du café quand tout le monde se réveille encore, aux chats se roulant dans l’herbe, aux odeurs de crème solaire, à la piscine, à la chaleur brûlante d’un soleil au zénith, aux apéros de vacances, à la douceur des soirées qui n’en finissent pas.

Hier soir c’était un avant goût de tout ça pour le repas surprise de pré anniversaire chez Sarah, même si cette saleté de météo a joué contre nous. Nous avons résisté et donné raison à l’adage : barbecue pluvieux, barbecue heureux. J’ai encore le goût des pommes de terre cuites en papillote dans les braises, du poulet mariné, et de l’inénarrable cappuccino aux fraises. Ravies d’être réunis ensemble et d’avoir pu fêter ça avec eux avant l’évasion estivale. Il est temps pour chacune d’entre nous de prendre congé, de profiter de l’été comme il se doit, de faire une pause pour mieux se retrouver ensemble à la rentrée, qui s’annonce identique au mois de juin : détonante. Pour l’heure, faisons un court flash-back, nous sommes début mai et nous partons en concert… Bonnes vacances, soyez décidément déraisonnables, prenez soin de vous…

 

 


Mercredi 9 mai

11h45 - TGV 

J’écoute Yelle. Je ne suis pas dans l’ambiance. J’ai du mal à oublier le cauchemar de cette nuit et cette sensation d’angoisse, étouffante, troublante, presque réelle.

Une heure et demie avant de trouver le sommeil. Quelle brillante idée de se forcer à se coucher tôt pour être en forme lendemain… Ciel pluvieux, gris beige, chargé.

Je ne suis pas tout à fait bien.

 

13h41 – Aux Philosophes

On a connu Paris plus en forme. Le soleil n’est pas loin mais il se sent las et rend l’ambiance pesante, intranquille presque. Et dire que la droite est passée. La poisse.

Mental coaching – je me conditionne pour que tout aille pour le mieux aujourd’hui.

Ici, les parisiens sont over parisiens. Deux filles sur ma droite se sont installées pour déjeuner. Ca s’indigne, ça s’apostrophe, ça ricane, pour rien ou pas grand-chose. Conversation de haute voltige, plus light qu’un programme Weight Wetchers. J’adooooore.

J’écoute, je jette un œil de temps à autre. Captivant. Un sketch.

Paris… Seule à Paris, il faut tenir la distance, le coup. Paris seule, ça ressemble à une blague pas drôle.

Voilà qu’une des deux, la brune s’étouffe avec un bout de pain. A croire qu’il y a une justice. Je regarde le ballet des passants dans la rue trop étroite pour toute cette circulation. Ils ne se ressemblent pas et pourtant se ressemblent tous.

Elle revient et dit à sa blonde de copine : « J’ai tout vomi ». La justice est rude, je voulais juste qu’elle se taise, pas qu’elle rende, la pauvre.

 

S’il pleut, je fais un scandale.

Heureusement, le sourire de la serveuse réchauffe la planète.

Je conjure le sors pluvieux et pars avant l’orage…

 

17h00, Flèche d’or, balances.

Je rejoins le convoi clermontois conduit par Sylvain. Kathy, la crête bien en place est aussitôt prête à passer à l’action. Go girls go. Nous intégrons les lieux. Bises aux Anatomies Bousculaires. Betty, la tête d’affiche de la soirée, est en pleine balances. C’est parti. On dénote chez Sarah, pas la nôtre,  mais Sarah Bastin, THE photographer, un déclic nerveux de fin d’après-midi. Sofia, (Leal, pas Coppola) sa comparse de Filmapparat, (elles vous préciseraient en se marrant d’un air hilare, que Filmapparat, ça veut dire projecteur en Danois) arrive au moment où nous réglons quelques détails techniques sur Paris. Synchro parfaite on s’y croirait.

Pour que vous compreniez bien, Sofia et Sarah, qui forment Filmapparat [1]donc, vont réaliser le clip de Paris, qui sera tourné en fin de semaine. Mais nous y reviendrons ultérieurement soyez-en sûr.

Parenthèse close.

Fin des balances.

Des amies se joignent à nous. Cheers. Trinquage général sous la verrière à cette soirée qui s’annonce électrique.

L’heure tourne vite. Iku chauffe la salle, tandis qu’en haut dans la loge-grenier, nous nous attelons à une préparation qui ressemble plus à un gag qu’autre chose. Fiasco.

Derrière le rideau tiré, la pression monte. Et hop. 3, 2, 1. Sam – premiers coups de batterie – Here we go. « Où l’on réussit à se dire que certains auraient du abandonner… ». Sarah – Riffs saturés. C’est parti pour 30 minutes sans interruption.

La salle est pleine à craquer. Centaines de regards rivés sur la scène, attentifs, souriants, impatients, concentrés. Je cours, tu cours, nous courrons. J’ai l’impression de faire un marathon. Chaleur terrible, sueur. Pas froide.  Vitesse – Non stop. Je ne vois rien passer. Mais je vois ce qu’il se passe. Il n’y a rien de comparable à ça.

Même si ma p***** de guitare déconne. Excitation. Envie de se marrer. Plus de son, passage sur Sauvez moi a cappella, je m’efforce de ne pas croiser le regard de Rach sinon fou rire.

Dans la gueule du lion.

Je ruisselle. J’ai plus que chaud. Je t’emmène alors. Plus qu’une. « Cramez ! » disait Benji d’Elista. Et bien nous brûlons.

 

Fouache d’or. AFTER SHOW 22h-02h

Terrasse – Foule – Baby – Helluvah and Subway play baby tonight – Vodka – Sarah&Sofia perdantes de mauvaise foi compte leurs points par deux n’importe quoi – Marie, Camille, Delphine. Il y a des amis ce soir, nombreux, des amours ce soir, Paris, Lyon, etc…

 

Jeudi 10 mai

Le réveil sonne beaucoup trop tôt, méthode réveil brutal. Bête, méchante, efficace.

Reprendre figure humaine, comme si la nuit fut assez longue, l’air de rien.

Départ en coup de vent. Métro. Direction Auber.

Aujourd’hui au programme : tournage d’un documentaire, réalisé par François Fronty pour France 3. Lieu : station de RER Auber (oui oui là où a été tourné Subway, la vie est bien faite).  Décor : couloirs, quais, néons, portes, escalators, escaliers, marches, murs, montées, descentes, flux continuel. Odeurs de métro, bruits, bips, sans interruption.

Synopsis : La rencontre impromptue entre Subway, groupe de rock, et Marie-Reine Wallet, chanteuse d’opéra au cœur de la station Auber. Le choc des cultures ? Pensez-vous !

Jouer dans le métro. Première expérience pour nous et occasion à saisir puisque cela m’avait traversé l’esprit un temps. Il n’en est rien pour Marie-Reine qui elle, est quasiment une habituée des lieux.

Rencontre surprenante donc pour un Paris version acoustique avec les moyens du bord. Nous troquons l’électrique pour le strict minimum, la scène pour un décor inhabituel, un spectacle étrange pour les passants comme pour nous. Donner de la voix.

Point commun, comme sur scène, on est happé par autre chose, on ne fait plus attention à ce qu’il se passe, malgré le bruit environnant, malgré les passants pressés, malgré l’espace immense où tout semble si facilement se perdre.

Moments de discussion et d’échange ponctués par des moments de jeu. 9 heures de quasi shiatsu passées dans une station de métro.

Cela nous donne quelques idées pour la sortie de l’album. A suivre…

 

Dimanche 13 mai

Happy fouache day to you Rachel.

 

Lundi 14 mai 

Beaucoup de mal à me concentrer.

Journée sans tabac. Allergies, mal d’yeux, endormissement au ralenti. Mal de ventre. Du bonheur d’être une femme.

J’allume la télé, je tombe sur A corps perdus, avec Peneloppe Cruz, improvisant une pause ciné tout en mangeant frénétiquement des chocolats.

Pas possible de me saquer dans une glace. Au dessus de mes forces.

Retour de Paris sous un déluge d’eau, tombé sans interruption depuis mon réveil. Soudain, une éclaircie étrange. Ciel peinturluré de gros nuages gris foncé et trou éblouissant qu’on appelle soleil mais qui dans mon souvenir ne ressemble pas à ça.

Rendez-vous dîner maison dans moins d’une demie heure. « Range et cuisine » me dit la petite voix. Mais l’autre lui répond, « fous lui la paix, tu vois pas qu’il faut qu’elle a besoin d’écrire maintenant ?! »

Je dois rappeler S*. qui commence à s’inquiéter d’après ses deux derniers messages. En vérité c’est moi qui m’inquiète pour elle.

Je dois rappeler ma mère aussi. Je ne l’ai pas eue au téléphone depuis notre retour de week-end il y a quinze jours.

 

Je ne fais pas des choses que je devrais faire.

Je suis en opposition. Je le sens.

Je veux être libre. Plus que jamais.

 

L’autre soir, les mots de M*. m’ont touchée. C’est comme si il y avait eu des paroles importantes passant à travers un filet de bruits, boucans pas possibles, foultitude de gens à l’apéro. M*. a raison. Je le sais.

Je dois décrocher mon téléphone.

Je ne sais pas si je suis constamment étrange ou alors si je n’ai pas le moral.

Je ne me comprends pas parfois.

« Et pour ne rien arranger, je suis à moi-même étranger. »

 

Mardi 22 mai

Couscous - Champagne.

Joyeux programme, joyeux anniversaire. Les bouchons sautent au Couriat. On sabre le champagne à la fourchette.

 

Samedi 9 juin // 2ème journée de tournage // Clip « Paris » // Nation, en terrasse, 15h

 

Sur les toits je m’allonge

Ralentissez les scènes

Dans le vide, main tendue

Dans un décor de nuit

Mille et une suspendues

Les étoilent me plongent

Mélodiques et câlines

Au cœur de l’insomnie

 

Il est pâle et sensuel

Cet azur peint de gris

D’aussi haut chaque rue

Paraît une bagatelle

Tandis qu’au loin s’éteignent

Les artifices éclairs

Je revis et j’épelle

Chaque mot de cet air

Enchanté, mis à nu

 

Noire et blanche harmonie

Ravissantes étincelles

Où les passions s’emmêlent

Où les âmes se lient

Capturés et ravis

Les instants irréels

Nous comblent et nous transportent

Loin des monotonies

 

Bi chromique aquarelle

Cette nuit nous escorte

Sous une lune de miel

Au dessus de Paris

 

Jeudi 21 JUIN – Clermont City, place de Jaude

 

Fête de la musique, fête du kebab, viande saoule. Welcome Clermont.

La nuit tombe. « Nous sommes ravies de jouer chez nous ce soir ». Je m’improvise Clermontoise pour la nuit.

La ville fourmille. Rues combles et agitées. Clermont se réveille, fini le désert humain, je découvre sa face cachée, il était temps, la Fête de la musique a du bon. En temps normal je serais restée chez moi pour ne pas être confrontée à la foule énervée, mais ce soir, nous sommes de l’autre côté, la nuit tombe et  le public se concentre sur la Place de Jaude. Cocoon nous envoie des mélodies printanières, idéales pour se relaxer avant de monter sur scène. Sylvain, plombier du soir, casque sur les oreilles improvise un line check minute. Well done. A nous de jouer.

8 titres. La course à l’échalote. Fan club de Sarah au premier rang. J’entends leurs cris, ça me détend. Les premiers coups de batterie retentissent, je suis derrière la scène à gauche. Je les regarde entamer cette cérémonie de courte durée. Je les rejoins. Excitation. Tant de monde. Ma garce de guitare n’en fait qu’à sa tête et en profite pour se jouer de moi quand sonne l’heure de Paris. Pour le coup, Paris m’isole, la corde qui casse me déboussole, mais je m’en moque car j’ai Kathy qui me conduit comme le plus beau des roadie. Bref. Ensuite, comme d’habitude on ne voit rien passer et c’est donc plutôt bon signe.

Springt final. Sauvez-moi. Je t’emmène. Adieu désir. Happy end.

Clermont’s burning tonight babe.

Nous trinquons.

Fin de soirée sous la tente du catering avec Sam et deux mecs chelous (ils se reconnaîtront, l’un est un réalisateur de film sur les, je cite « vrais groupes de rock qui ne deviendront jamais des stars [2]», actionnaire chez H&M, , l’autre oeuvrant à la guitare dans un groupuscule étrange mené par une mouche qu’ils appellent Guy[3].

Pour une heure nous avons créé une nouvelle organisation parallèle baptisée « L’élite », réunissant le fleuron des artistes clermontois.  A suivre…

Nous avons hésité à nous finir à La Loco, (le bar à Durtol, juste en face de la boulangerie, pas la boite parisienne). Mais en fait non.

 


Vendredi 22 JUIN, Briançon

 

« Ah non ça va pas être possible » me suis-je dit lorsque cette saloperie de réveil m’a tirée de force hors du lit. Réveil brutal again. Je suis un petit âne fatigué. Private joke oblige. Un petit âne qui n’a pas bien révisé sa géographie depuis qu’il fut traumatisé à vie par ces révisions d’histoire/géo au bac et qui ne sait donc plus très bien que Briançon se situe précisément là haut dans la montagne.

Après 90km de virages, de lacets, de pointes de vitesse à 60 km/h avec un camion matériellement et humainement surchargé nous sommes arrivés à 1400 mètres d’altitude, frais et dispos (comme toujours) pour les balances. Jouer sous les étoiles, voir des gens heureux, dormir dans une école primaire. Et repartir au petit matin pour une dernière date avant de prendre des vacances.

 

Samedi 23 JUIN, Grandris (Beaujolais)

 

L’une des meilleures soirées de concert depuis longtemps. Jouer sur un parking de place de village. Odeur de gaufres, de churros et de sucreries, décor de maisons en pierre, cerises presque mûres.

La campagne est belle.

Rencontrer des groupes disons le « adorables ». Allez citons les : Alec, The Hop La, The Fresh Body Shop et d’autres...

Personne n’a envie que ça s’arrête. Sylvain n’a pas envie de rentrer, j’ai envie de répéter jusqu’à ce que mort s’en suive. Bref. Il est temps de prendre congé. S’allonger dans l’herbe. Ecrire. Somnoler. Una cerveza. Attendre. Jouer. Faire durée un peu les moments de plaisir et de rencontres… Puis repartir.

 


25 JUIN

Découvir Prévert à bientôt  25 ans, il était temps… Qu’est-ce que je faisais de ma vie avant ? Comme avec Cioran, il s’agit là de quelque chose de proche de la révélation mêlée à une très agréable surprise. D’ailleurs, lorsque j’ai commencé à lire Cioran, le choc a été tel, que je n’ai pas pu continuer. J’ai lu 15 pages et je n’ai toujours pas retouché ce bouquin. Cela m’a suffi pour être conquise.

Prochaine étape, lire tout Oscar Wilde, voir tout David Lynch. Parce que « THE AIR IS ON FIRE » et que je le sens ces gens font partie de la même famille que moi. 

[Verre de St Estèphe dans la cour intérieure du Passage. Classe. Nous sirotons le temps.]

 

Samedi 30 juin

Cela fait des semaines, voire des mois que je ne n’avais pas eu cette sensation là en me réveillant. En effet, ce matin, j’ai senti l’été. Quelques voitures déjà en marche, quelques chants d’oiseaux, et l’odeur de ma cafetière qui fait le tour du balcon, comme pour le prendre dans ses bras. J’aime ce genre de matin à un point que nul ne soupçonne.

 

J’aimerais qu’on habite toutes dans la même ville.

 

Oui, bien mieux que ça.

Elle vient de se lever, je n’aurai donc pas le temps d’écrire à tête reposée. Je ne suis pas assez seule. J’ai besoin d’être seule comme j’ai besoin d’être entourée, c'est-à-dire pas dans la demie mesure. « Soyez déraisonnables nous écrit Sarah.B».

Oui. Je le suis. Que de trop d’ailleurs.

Elle regarde la TV. Je m’isole sous un casque musical. Les fenêtres du salon sont grandes ouvertes, il fait légèrement frais, une brise traverse la pièce et vient se frotter à moi. Je voudrais n’avoir rien à faire aujourd’hui mais nous sommes de mariage. J’aurais plutôt passé la journée sans me laver, ici. De toute façon je me projette toujours dans autre chose et surtout quand je suis dans l’impossibilité de le faire.  Un grand classique.

[¯Derek Delano Orchestra– Frozen Lake ¯]

Je n’ai pas envie de me préparer, de m’habiller pour la circonstance, je n’ai pas envie qu’il y ait de « circonstances ». Je voudrais être au milieu de nulle part, dans l’espace et dans le temps, je voudrais être au beau milieu de rien et prendre le temps. Je voudrais de grands murs blancs sur lesquels on pourrait écrire, je voudrais composer toute la journée. C’est par période.

Je regarde le paysage, le soleil rend les immeubles aveuglants, les arbres sont feuillus, denses, chargés, verts, ils semblent forts même au loin, je sens l’été, je peux le toucher du bout des doigts. Dans ces instants là, je regarde par la fenêtre et j’ai peur de mourir. Là, non, je ne veux pas que ça s’arrête c’est impossible.

Dexter, tu vas me manquer, j’avais l’impression d’avoir trouvé quelqu’un qui me ressemblait, quelqu’un comme moi, les meurtres en moins.

J’ai envie de plage, de mer, de solitude totale mais de courte durée.

Jean-Jacques Goldman visait juste « je fume, fume, fume, même au petit déjeuner ».

 

 

Mardi 3 juillet

 

Mes cheveux sont trop longs, je porte le même jean depuis une semaine. Lunettes de soleil sur le nez, as usual, on n’a pas encore trouvé mieux pour se cacher du monde. J’aimerais pouvoir porter mes lunettes n’importe où, n’importe quand, quand j’en ai envie, sans que cela passe injustement pour de l’impolitesse ou de l’irrévérence. On devrait respecter ça, le besoin des gens de se cacher.

A propos de ça justement, j’ai croisé un type que je n’avais pas vu depuis des lustres le weekend dernier. Il portait une paire de lunettes de soleil énorme aux verres foncés, tellement foncés que je ne voyais pas ces yeux. C’était un jour où j’étais en pleine phase d’autisme, j’avais du mal à communiquer, à échanger et absolument pas envie de parler. Lui, il buvait des mojitos à 17h, c’était un dimanche sauvage, grisailleux et déprimant. Et puis ces lunettes énormes à 50 cm de mon visage, ça m’ a gênée, ça me bloquait, je n’arrivais pas à lui parler, alors je lui ai dit en essayant de sourire « j’vois pas tes yeux, c’est gênant. » Ensuite, il m’a tenu tout un discours sur le « regard », et de toute notre conversation surréaliste, c’était sans doute le nœud le plus intéressant, enfin le seul même. Il m’a dit : « … je porte tout le temps des lunettes, le regard c’est quelque chose de tellement important, tellement intime, que j’ai pas envie de partager ça avec tout le monde... » [De l’importance que l’on accorde aux choses]. « …Il y a quatre ou cinq personnes avec qui je me sens bien et avec qui je les enlève mais j’ai pas envie que tout le monde voit ça… »

Là je me suis tue, j’ai fait un signe d’approbation de la tête pour lui montrer tout de même que je partageais son point de vue. Mais je me retenais car en réalité, même si un peu exagérée pour le commun des mortels, j’ai trouvé sa théorie tout simplement : juste. Il est revenu avec un mojito et deux pailles. Hic. J’aimerais aimer les mojitos mais je n’aime absolument pas ça.  Il a du me prendre pour une cinglée, doublée d’une rabat-joie.

Les filles m’ont rejointe et au bout de 3 secondes, je les ai senties un peu excédée par le type en question. Ensuite, il nous a laissé en paix, pour revenir quelques minutes plus tard s’excuser de nous avoir dérangées et bousculer un peu avec un humour dominical qui sentait le rhum, et pour venir encore peu après nous proposer des trips. « Ils sont super bons, je vous les offre, non, vous voulez pas ? Super naturels, y’a plus du tout de strychnine[4] maintenant c’est trop bien. » J’ai nerveusement éclaté de rire. Nous avions atteint une dimension parallèle. Nous avons ri et refusé poliment. Il est parti aux toilettes gobé les petites pilules magiques, a recommandé un verre puis aidé sa pote de serveuse a rangé la terrasse. My god.

 

Je suis encore bourrée d’hier soir. Un putain d’apéro. Un putain d’apéro et de moment trop bon. Lorsque vous voulez que ça ne s’arrête pas. On a bu ; beaucoup bu, on a dansé. Dans le bar. Sur de vieilles chansons. J’ai dansé avec Filip, je me sentais bien, légère, je me sentais heureuse. Il régnait une bonne humeur générale et l’envie de commencer la semaine avec un apéro de lundi soir qui n’en finissait pas. J’aime.

Là, je partirai bien à la mer, m’allonger sur le sable, me laisser partir, me laisser aller, dormir, sauter dans les vagues, les embrasser.

Barcelone, J-17, Barcelone nous voici. J’écoute Skunk Anansie. Dans une vie antérieure j’aurais voulu être Deborah Anne Dyer. La musique est trop forte presque. Je suis dans un état résolument bizarre ce matin. Depuis que le réveil a sonné, tout est allé tellement vite. Café, réservation billet de train, douche, mails, habillage, coiffage, course dans le couloir, bordel dans appartement, tempête, ne rien oublier, guitare acoustique, ordi, micros, câble, café encore, course dans tous les sens, préparation valise, réception de sms de Sarah B. qui me vaut mon premier éclat de rire bête de la journée. Taxi. Gare. Monde. Guitare trop lourde sur mon dos. Je monte sur le quai, après avoir cherché pendant vingt bonnes minutes le train de 11h08, heure inscrite sur mon billet ; train qui n’arrivera jamais puisque n’existant pas. Train fantôme. Alors j’attends encore jusqu’à 11h27. Tarte au sucre et café allongé sur le quai de la gare. Super bueno. Go.

 

Envie de voir Vale, Camille. Steph aussi.  Envie de prendre un café avec ma Cédy dans notre P.M.U de lycée.

Je suis une tempête. Mon corps fume encore de l’intérieur. Je suis un cendrier vivant.

C’est l’anniversaire de Gallia aujourd’hui. On lui a fait des dessins hier soir. Bon anniversaire ma belle. Ne te casse pas la gueule aujourd’hui. ;-)

[Mon voisin de gauche sent l’eau de Cologne mélangée à un odeur de fumier ou d’écurie je ne sais pas trop. En tous cas, il sent fort.]

Il est 11h41 mais j’en suis encore à la phase d’émergence, de réinsertion dans la vie pseudo normale après une soirée sur-excellente. Hier soir, j’aurais pu refaire le monde, et ce avec le sourire.

Envie de prendre la voiture avec eux, et partir à 5 chez ma mère, à la mer. 

J’aimerais également être à Paris et prendre un café en terrasse. 

J’ai envie de tout faire ce matin. C’est bon signe d’avoir envie non ? J’en profite car je sais que vers 17h, heure du coup de barre fatidique, je vais me prendre un sale retour de manivelle, un redescente post-cuite.

Depuis quelques temps je prends minimum trois cuites par semaine. Mais trois cuites par semaine, c’est sa peau contre ma peau… Quoi, c’est pas drôle ? 

Le 1er Août, j’arrête de boire, de fumer, je fais du sport, je vais voir un ostéo, je prends rendez-vous chez tous les spécialistes que je dois consulter. Je commence une thérapie. Je sais : je rêve.

En arrivant devant la gare ce matin, je me suis sentie Dexter. Mon petit frère.

Deborah Anne Dyer, je t’aime.

Ce matin, j’ai ouvert les yeux. Puis les souvenirs sont revenus petit à petit, au compte goutte, comme une perfusion. C’est bien, ça fait des surprises même après coup.

[Mon voisin me remplit le nez de mauvaises intentions et de bon matin je n’aime pas ça. C’est violent. Les odeurs c’est du bruit qui vous agresse les narines. ]

Message de Sarah.B :

« A force de P.S, tu trahirais un esprit qui réfléchirait trop comme si c’était mardi et le train pour Clermont City. »

Réponse

« J’écris comme une furie. Comme on se viderait de son sang. Pour le purifier. Je m’auto dialyse par le verbe. Tout va très vite. »

Je toussote. Je ne sens plus rien, je respire à 50%. Heureusement que je ne me drogue pas.

 

En ce moment, j’ai envie de prendre quelques jours pour être seule et m’isoler, de partir peut-être dans une ville, voire un pays que je ne connais pas, de faire le pont, de me retrouver. Cela m’agace de voir à quel point on manque de recul sur soi, même si on se bat pour tenter d’en avoir le plus possible.

 

[J’écoute Arcade Fire. Je suis raide fan,  complètement admirative de ce qu’ils font. Je suis comme une gosse qui trépigne d’impatience en tapant des pieds en pensant que je vais les voir pour la première fois en concert le 18 juillet.]

 

Mon besoin de solitude me jouera des tours. Ecrire, dire, parler, tout dire, se battre pour tout dire me jouera des tours. Parfois quand je pense à me protéger, des autres, du monde, c'est-à-dire souvent, je suis à deux doigts de ne plus rien écrire. Tout dire, ou presque c’est prendre des risques, c’est se mettre à poil sans attendre de réactions spéciales, c’est hurler quelque chose dans le fond incompréhensible, c’est aussi donner tous les bâtons du monde à ceux qui seraient ravis de vous battre, de vous abattre.

Qu’ils viennent. On n’a pas peur quand on est fou. En tous cas pas de ça.

Je n’ai pas envie d’arriver, je ne veux pas arrêter, je suis bien dans ma bulle de train, même si les deux petites vieilles sur ma gauche me dépriment. Ce ne sont pas elles les pauvres, non, c’est la vieillesse. Elles n’ont plus d’âge, l’une des deux arrivait à peine à se mouvoir pour monter dans le train, même accompagnée. Ca, non je n’en veux pas. Je ne veux pas vieillir. Pas autant. Surtout si c’est pour ne pas m’en rappeler. Non merci, vraiment, sans façon.Là je vous donnerai tous les bâtons pour m’abattre. J’ai déjà décidé de la manière dont je partirai, c’est vous dire.

 

[Mon voisin malodorant s’est arrêté à la gare précédente. Thanks God. L’homme qui s’est installé en face de moi à gauche est très beau, son sourire est lumineux, c’est agréable, rassurant presque de croiser des visages comme le sien, ça réconcilierait presque avec le genre humain.]

 

[Hier à la librairie, j’ai vu un inédit de Rainer-Maria RILKE]

 

Un jour comme aujourd’hui, je ne me sens pas petite, je ne me sens pas grande, je me sens brûlante, je me sens bouillonner, là à l’intérieur du cœur, ça palpite à toute vitesse. Je suis grande mais je sens une enfant qui court en moi et que rien ni personne ne pourra rattraper. Je pense aux gens que j’aime, ça me donne envie de le crier dans le train même. Je me sens brûler, je n’ai pas encore envie de pleurer, mais c’est tellement fort comme sensation, c’est dur à expliquer. J’aimerais que quelqu’un, même d’inconnu me prenne dans ses bras, me calme, m’apaise, me dise que tout est fini, ou que tout ira bien.

C’est ça : que tout ira bien.

 

 

 

 



[1] Filmapparat, Sofia Leal & Sarah Bastin : myspace.com/filmapparat

[2] « La route est longue », doc 90 min, sortie sept.2007, myspace.com/larouteestlongue

[3] Guy La Mouche, Kunamaka, myspace.com/kunamaka

[4] Strychnine  n.f. PHARM Alcaloïde très toxique extrait de la noix vomique

Strychnos n.m. BOT Arbre tropical dont une espèce (vomiquier) prouit la noix vomique et une autre, le curare.

Alcaloïde n.m. BIOCHIM Nom de générique de diverses substances organiques d’origine végétale (ex. : caféïne, nicotine, mescaline) comportant une ou plusieurs fonction amine, à caractère nettement basique. Les alcaloïdes, très utilisés en pharmacologie, sont souvent extrêmement toxiques à l’état pur.

Curare n.m. Alcaloïde d’origine le plus souvent végétale qui bloque temporairement la plaque neuromusculaire, entraînant une paralysie généralisée. Autrefois utilisé comme poison, le curare est employé notamment en anesthésie.