Meilleurs voeux
A mes anges,
A mes amis
à l’homme de ma vie,
Aux signes qui n’en sont pas.
« La solitude est mon état naturel. Je m’y complais. C’est comme un don inné et providentiel. Je n’ai pas besoin de faire d’effort pour être solitaire. Alors que dans ce milieu, il est si difficile d’arriver à s’isoler ! Je ne suis pas fait pour vivre en bande. La seule compagnie qui me soit agréable, c’est celle des filles ; il n’y a qu’avec elles que je me sente à l’aise. »
Serge Gainsbourg.
Bande originale
Dominique.A (Tout !), Thurston Moore (Trees outside the academy), Vale Poher (3´2), Helluvah, Etienne Daho (Cet air étrange, L’invitation), Serge Gainsbourg (L’Homme à la tête de chou), David Bowie, Jean-Louis Murat (Le train Bleu, Dolorès), Patsy Cline, , Joy Division (Tout !), The Doors, P.J Harvey, Radiohead (Pablo Honey), Nick Drake (Tout !), , Shannon Wright (Perishable goods)
Et tant d’autres…
Dimanche 6 janvier 2008
J’ai ouvert les yeux, je voudrais vous dire d’ouvrir les votres.
C’est un vrai dimanche, avec son lot de grisaille et de bruine, de mauvaises pensées et de sombres inquiétudes. Lyon est grise comme la pierre de Volvic, je m’installe sous la véranda de ce grand café où je n’ai plus le droit de fumer.
Voilà par quoi je vais commencer : un billet d’humeur inutile.
De l’interdiction de fumer.
Du contrôle de l’homme par l’homme.
On m’interdit de fumer. Des hommes ont pensé, rédigé, voté une loi qui interdit aux fumeurs de fumer. Comme la sécurité routière, les radars et tout le reste, manger, bouger, ne pas manger trop sucré ni trop salé, ne pas rentrer tard, faire attention aux pickpockets, dire bonjour à la dame, sortir couvert, ne pas rouler trop vite, attacher sa ceinture, ne pas fumer dans les lieux publics. Que veut-on nous faire croire ? On veut obliger les Hommes à se protéger d’eux-mêmes, à se protéger les uns des autres. Cette obligation doublée d’une perfide hypocrisie ne cesse de creuser le fossé entre les individus, en multipliant leur incompréhension mutuelle, en les dispersant.
Quand nous serons bien dispersés et qu’il n’en restera que des morceaux, il sera trop tard pour réagir.
Créer une loi pour empêcher les fumeurs de fumer dans les lieux publics n’est pas une chose nor-male. Ce qui serait normal et coulant sous le bon sens serait de porter assez d’attention à autrui pour ne pas le déranger, assez d’égard pour simplement lui demander : « Est-ce que cela vous dérange si je fume à côté de vous ? ». Nous acceptons de substituer notre politesse, notre courtoisie, notre bon sens par des lois. Cela est grave. Personne ne daigne voir plus loin que le bout de son nez et de ses considérations médiocres. Les fumeurs obtempèrent : « la France devient une dictature » alors que les non-fumeurs qui n’ont jamais osé le dire car il n’existait pas de loi pour se cacher derrière aujourd’hui lèvent fièrement la tête: « enfin ils arrêteront de nous emmerder avec leur saloperie de cigarettes. »
Nous sommes à l’origine des dictatures, nous préférons élire des pseudos responsables, qui voteront des lois, cela va plus vite, cela nous arrange. Ce n’est pas la fumée qui nous tuera, c’est notre manque de courage et d’empathie.
La liberté des uns s’arrêtent où commence leur bêtise.
Où commence la politesse, le civisme, la tolérance, les bons procédés, les civilités ? On veut nous protéger de nous-mêmes ? On veut laisser des hommes nous protéger de nous-mêmes ? Quel manque de courage. Lorsqu’ils y sauront parvenus, ils contrôleront tout. Soyons clairs, si le gouvernement voulait vraiment nous protéger des effets nocifs du tabac, il tenterait d’interdire la vente de cigarettes en France, si le gouvernement voulait nous protéger des excès de vitesse, il interdirait pénalement aux constructeurs automobiles de construire et de vendre des engins capables de dépasser les 240 Km/h.
Vente, vente, vente, nerf de la guerre, of course. Sans parler de cette dernière mode qui consiste à prendre le pouls du moral des Français. On nous modèle à coup de sondages, on nous sonde comme des incontinents. C’est ridicule. Ridicule et inquiétant au point que nous nous avilissons. Voici qu’on nous rebat les oreilles du pouvoir d’achat alors que nous peinons à avoir un minimum de pouvoir sur nous-mêmes. Nous nous laissons soumettre.
Pendant ce temps, à l’heure des journaux télévisés on voit ces femmes toucher les bras transpirants de Nicolas Sarkozy, à moitié hystériques en suppliant pour une photo alors qu’il feint de faire son jogging matinal. Comprenez, Monsieur court… Cela ressemble à un fantasme de soumission sexuelle. Je cite : “Nicolas, Nicolas, moi aussi j’en veux” disent-elle en réclamant des photos. On sent dans leurs voix le désir, le fanatisme et la soumission du pouvoir. On imagine le genre de pensées fugaces : Oh oui j’aimerais me faire prendre en photo à vos côtés Nicolas. Oh oui, j’aimerais me faire prendre Nicolas. Fais- moi mal laisse- moi acheter des cigarettes et interdit moi de fumer, continue, j’aime ça.
Il court, il court le furet
Parlons en de son jogging quotidien. Que n’importe qui aimant aller courir le matin me dise comment peut-on éprouver un quelconque plaisir à faire son jogging, suivi de près par 10 gardes du corps, des voitures et au moins cinq caméras et paparazzi. Qui peut bien croire encore qu’il préfère le sport aux caméras ? C’est la course à la promotion, la promotion par l’image, du marketing, pas du footing. Le plaisir est ailleurs. Il est plus vicieux même s’il reste facilement décryptable pour toute paire d’yeux qui prendra le temps de voir.
Et puis il y a Carla… mais là j’avoue ne pas avoir élucidé le mystère.
Sans transition
Je n’ose plus vous faire lire ce que j’écris. J’ai peur. Je n’ai d’autre choix que d’être honnête puisque j’ai touché des vérités profondes car essentielles. Je suis au coeur d’une vérité si précieuse que je ne peux m’en séparer en vous la livrant presque négligemment.
Je ne fais plus qu’un. Je fais parfois dix mais je peux me décupler puisque je suis entière. J’écris donc je suis. C’est comme si j’avais marché nue dans la rue des années sans en avoir conscience. Maintenant je sais. Je crois que l’on naît plusieurs fois et que l’on meurt plusieurs fois au cours d’une même vie. Heureux sont ceux qui naissent entiers.
J’ai beaucoup écrit depuis ces six derniers mois. Maintenant tout est semblable et à la fois différent. Avant j’écrivais sans savoir, sans comprendre puis cette habitude et devenue un automatisme familier, nécessaire, puis il a fait partie de moi et nous sommes devenus inséparables. J’ai eu besoin d’analyser ce processus pour comprendre qui j’étais. J’ai surtout eu la chance qu’on me livre certaines clefs, qu’on me pousse, qu’on m’éclaire qu’on me bouscule, qu’on me dise, ce qui n’était pas une révélation mais une évidence telle qu’il m’a fallu l’entendre pour en prendre pleinement conscience.
(Rappelle toi, je n’ai plus peur, même des phrases longues, je n’ai plus peur de rien.)
Je n’ai plus peur de rien puisque tout est assumé. Tout dans son entier, dans son essence, de A à Z, le sérieux comme l’absurde, les balades comme les chants sombres, la paix comme la révolte, la poésie comme le réalisme, le rock comme le pop, l’enfant comme l’adulte, le silence comme la noyade, le cri comme l’écriture, l’amour comme la rage, le maquillage comme les grains de beauté, TOUT. Je sais comment répondre, comment sourire, comment faire puisque : J-E S-U-I-S.
Dehors la gêne
Libérez vous de toute gêne, de toute honte, de toute culpabilité. J’ai tout nettoyé, le grand ménage, les torchons sales, plein de gêne.
Alors tout m’a paru évident. En relisant des passages des carnets, j’ai été surprise de voir à quel point cela avait toujours été présent.
Ce besoin de liberté, cette avidité, cette chute, cette quête effrénée, ces douleurs et blessures haletantes, ce souffle rapide. A la relecture, quelques mois plus tard, tout a pris son sens, j’ai compris ce que je disais, j’ai compris qui j’étais.
J’ai attendu jusqu’au dernier jour pour savoir ce que ce journal allait contenir.
Cela ne concerne pas que moi mais l’humanité tout entière.
Je ne saurais rien sans ces proches, sans ces autres, mes semblables, c’est grâce à eux et à toute une somme de coïncidences que je me suis trouvée. Quand on est fou, on n’a pas peur. Quand on est en accord avec soi-même on peut mourir c’est encore mieux. Rien de grave ne peut vous arriver puisque rien ne vous était jamais arrivé de mieux que de trouver qui vous êtes et de l’assumer complètement.
La moitié des gens se moque des poètes, mais lorsque les poètes se moqueront de la moitié de gens, l’humanité toute entière ne rimera plus avec rien.
C’est pour cela, entre autres choses, que je tiens à vous adresser ces mots.
J’ai compris des choses, je ne peux plus me taire, je dois et je me dois de vous en faire part. Je ne peux pas garder cela pour moi.
Je suis aussi optimiste que pessimiste, je ne suis pas aveugle ni utopiste et convaincue que ce genre de bouche à oreille nous sauvera de la barbarie et de l’animalité, de la corruption. On peut décider d’être quelqu’un de bon, à partir du moment où l’on reste honnête vis-à-vis de soi.
En devenant honnête, on devient exigent, de plus en plus vis-à-vis de soi, mais vis-à-vis des autres, on tend à quelque chose de complet, de quasiment beau.
Se trouver, c’est comme découvrir des paysages extraordinaires, qui échappent à toutes théories. C’est se dire que vous touchez quelque chose d’exceptionnel. Au moment où je regarde cette étendue marine qui n’a de limite que l’horizon, je me dis que j’ai de la chance d’avoir vu ça de mes propres yeux, mais que beaucoup ne le verront peut-être jamais.
Vous écrire, c’est vous raconté ce que j’ai vu, c’est vous faire partager, ce n’est pas vous faire rêver, c’est vous donner des choses que vous serez libres de prendre ou de jeter. Certaines croyances échappent aux mots.
N’oubliez jamais que tout se passe dans le regard des hommes. C’est une première étape. Regardez vous. Dans une glace et regardez les autres.
Lundi 7 janvier 2008
Cela fait plusieurs mois que je voulais mettre un journal en ligne. Je n’en étais pas capable avant, j’avais d’autres choses à faire, d’autres étapes à franchir.
Chaque chose en son temps. J’ai aussi compris cette phrase là et qu’il n’était pas juste question de temps, mais de clairvoyance, de volonté et de courage.
Je ne me sens pas faire partie de ce monde, je ne me sens pas à l’aise. Et l’exil alors ? Et les pieds nus dans le sable ? Et la mer ? Et les villes étrangères ?
Je pourrais passer l’année chez moi, dans cet appartement. Un temps long entrecoupé de chambres d’hôtel, d’endroits inconnus, d’endroits parfumés. Je pourrai passer mes journées dans des cafés à écrire, à travailler, contrôler ma solitude, me retrancher.
Il y a plusieurs mois, j’écrivais dans un journal : je peux faire beaucoup plus que ça, je veux faire beaucoup plus.
On ne peut pas ignorer ce qu’on sait, ce que l’on a compris.
Comprendre aujourd’hui ce que l’on a construit, détruit avant pour être aujourd’hui. Se poser les bonnes questions.
La remise en question n’est pas coincée entre deux plages horaires, elle accompagne chaque soupir, chaque geste, chaque ligne, chaque histoire, chaque jour, chaque nuit. Comme toutes ces questions qui vous coincent et vous plaquent contre un mur. Rien n’est définitif, rien n’est grave. Se sentir dans le vrai, dans la réalité, les deux pieds dedans. Toujours vouloir y échapper.
A la médiocrité de l’ignorance.
Voici donc des extraits de journal écrits entre septembre et décembre 2007, une auto-sélection qui vient tard mais qui vient à point.
Bonne année.
Fin 2007
Le commencement
A cette âme que j’ai découverte en voulant me perdre.
“Ecrire, c’est aussi ne pas parler.
C’est se taire. C’est hurler sans bruit”
[Marguerite Duras – Ecrire]
Merci pour le cadeau.
Ne me lâche pas, montre moi ce dont je suis capable. Pousse moi vers la lumière, au-delà de mes limites. Embête moi puisque l’on s’aime.
NOVEMBRE
En novembre j’ai tout dit, les lignes qui suivent ne sont en rien le reflet fidèle de ce qui me venait des tripes.
De la médiocrité
[10 novembre, Clermont-Fd]
Des envies d’exils. De ces exils où l’on ne fuit bien que pour se retrouver. Partir. Seule. Comme si. Pour retrouver le goût : partir. Pour mieux revenir, pour revenir mieux ou ne jamais revenir, qui sait ?
Je sais tout, je ne sais rien.
La médiocrité et la bêtise me renversent. Des autres. Leur manque de discernement, leurs mauvaises réflexions, les mauvaises questions que l’on se pose parce qu’on choisit lâchement les voies de la trop simple simplicité. Médiocres. Pauvres. Pauvres de nous. Car il sera toujours plus simple et moins douloureux de se mentir. Jusqu’à quand ? Comment peut-on se mentir toute une vie? Quel bonheur, quelle satisfaction peut-on bien en tirer? Vivoter ? Non : vivre. Se donner ce mal là d’accèder à sa vérité, à la vérité du monde, aussi effrayant et difficile cet effort puisse-t-il être.
La médiocrité. Le manque de pertinence, les œillères que l’on se colle, l’immobilisme morbide dans lequel certains croupissent : croulant et libidineux.
La bêtise. L’absence totale de remise en question, l’illusion d’avancer, la lenteur affligeante.
L’abence totale pour certains et l’llusion de la remise en question pour d’autres. Se nier, s’ignorer. La bêtise, l’égoïsme, l’ignorance absurde. Les mauvaises pensées, les fausses routes.
Pendant ce temps, philosopher en perdant parfois l’espoir que les choses changeront et que les esprits évolueront.
Perdre espoir. En l’humanité. Parfois, une fois de trop. L’instant où tout bascule. Quand la bêtise gagnera, ce sera fini. Vous aurez eu ce que vous voulez. Naître pour quoi si c’est pour vivre sans voir et sans savoir, sans être curieux de tous et de tout, sans avoir conscience de ce et ceux qui nous entourent. On est absent quand on n’a pas conscience du monde.
L’ignorance, l’absence d’empathie, le degré zéro de la compréhension, de la compassion. Se retrouver désemparer face au monde qui bouge, face à celui qui nous est différent. Se retrouver désemparer face à sa propre ignorance.
Complétude
(Extrait de “Nantes-Paris”, Chapitre 3, journal du 16/17 novembre 2007, 12h31, retour de concert de Nantes, dans le train.)
Quand on enlève rien, quand on devient riche, quand on gagne à être soi, avec sa coque et ses imperfections, ses ingrédients, sa recette unique.
Puis on le vit, puis on jouit de ce privilège d’être soi, car rien n’a été simple avant d’arriver là. Car sans le savoir, on n’a jamais été médiocre, même en étant faible, même en étant vide on l’a toujours recrachée la médiocrité ; même quand on voulait nous donner la becquetée, on a fermé la bouche, serré les dents, on a préféré mourir de faim, vivre affamé, on a préféré notre salive au gavage. On aurait préféré crever plutôt que de s’envisager médiocre.
OCTOBRE
Fumeurs
[30 octobre, Lyon]
Mon début, ma fin.
Au début, à la fin
Je te retrouve.
Là, pas là, pareil.
Même combat.
De toute façon on fume tellement
Qu’on partira ensemble,
Qu’on partira en fumée.
Mon frère,
Mon ami,
Mon faux jumeau,
J’aimerais pouvoir écrire sur toi,
Toi qui ne parvient pas à pleurer.
Mais je ne peux pas,
Pas encore.
Allons plutôt au cinéma.
Fontaine…
[23 octobre, Clermont-Fd]
Je ne pensais pas que ça allait arriver, là, maintenant. Les larmes giclent sur l’écran. Ces putains de larmes. Je jure, pardon. Je jure de ne plus jurer de rien, je jure sur les fins, je jure sur l’abandon. Je jure de ne pas faire de mal, je jure. D’un coup sans prévenir, je tape trois mots, elles tapent sur moi les garces. Elles jaillissent comme une pluie de cordes brûlantes, un geyser en plein visage, dans mes yeux rouges. Rouge vif. Je sais bien que cela ne te suffirait pas mais vois-tu, j’étouffe.
« Dans un camion »
[21 octobre 2007, retour de concert à Angouleme]
C’est dans le silence que tout hurle.
C’est dans le silence qu’on l’entend. Le bruit.
Ce bruit intérieur, intime, secret.
Des crampes, des larmes, des soupirs.
Et parfois inattendue, là, dans un rayon de soleil collection automne-hiver, la quiétude même brève que l’on n’attendait plus. Un rayon de quiétude encore derrière ces vitres qui me ramènent.
Je sais que c’est une partie de ma vérité. Cette fois je le sais, j’ai touché ça : ma propre nature.
J’ai sommeil. Là tu pourrais me faire une place, puis l’on s’endormirait. Parce qu’il faut bien parfois que cette quiétude là nous touche.
Là, je la sens au bout de mes doigts, sur mes lèvres, dans mes bras. Viens. On crèvera bientôt, c’est dire comme on s’en donne la peine, alors tu vois… Bientôt l’on va crever et je ne sais pas si nous regretterons d’avoir été fous et déraisonnables. Nous n’aurons pas le temps de regretter nous serons déjà morts. Déjà mortes. D’une mort brève.
J’aimerais me rouler dans une chaleur de couverture, dans un rayon de soleil, derrière des vitres, sur du bois, du coton.
Tour à tour on s’envelopperait.
On s’envelopperait de bras grands comme les arbres, grands comme le monde.
Car il s’agit de s’envelopper, il s’agit précisément de se faire du bien ensemble autant que l’on aime à se faire du mal séparément. Il s’agit bien de communier car il est là le trésor, l’inaccessible.
Je la sais là mon issue de secours ; je la sais là l’unique raison de poursuivre, l’unique raison de courir, de tomber, de manger des cailloux et tant de trucs dégueulasses.
Avec cette pensée, je peux aller partout en ayant chaud.
Notre peau, brûlons la, usons la, sauvons nous. Occupons nous de la seconde. De cette seconde peau qui nous empêche parfois de flancher, de choir ou de sauter du haut des falaises.
L’essentiel reste de savoir tout en ne sachant rien. Savoir ces choses : la faveur des éventualités, la valeur non quantifiable des hasards, heureux.
Je peux jeûner, je peux me nourrir, je n’y pense pas puisque je le sais. Après ça, on a moins peur du manque, de l’inattendu, d’ailleurs on n’attend plus que ça : des surprises. Nuits blanches ou longues heures de sommeil, plus/moins, beaucoup/pas, mille/zéro, je m’en fiche. Au milieu il y a cette chance de savoir et de pouvoir avancer.
Au milieu il y a ce bonheur là.
Intouchable.
“Behind your eyes”
[17 octobre 07, Clermont Fd, en terrasse]
Soleil de plomb. Charges émotionnelles. Décharges électriques. Chocs. Electrochocs. Je marche. Où ? Je ne sais pas. C’est tant mieux ou c’est pire, je ne sais pas, rien n’est grave puisque le soleil parvient encore à briller.
Combien y aura-t-il de rues encore inconnues où mettre le pieds ? Ecrire puisque tout est là, puisqu’il ne reste ou ne restera que ça quand il n’y aura plus rien que des livres brûlés et plus aucun brûlot.
Décharge émotionnelle. Désaltère mon ego. Des alter ego.
Comme souvent, je pense à ceux que j’aime.
Je pense à ces personnes que l’on aime éperdument, infiniment, celles que l’on aime sans bornes, que l’on voudrait protéger toujours. Je vous parle d’un amour de cette trempe-là. De cet amour-là, que l’on défend, comme une bataille, que l’on propage avec foi, que l’on sème avec espoir, que l’on découvre avec joie, que l’on savoure avec ardeur et sans modération.
De cet amour-là, j’aimerais vous parler. Mais les mots justes me viennent en y songeant les yeux clos.
Terrassée, en terrasse, en être à ce genre de pensées tandis que personne en ces lieux ne se regarde ni ne daigne s’apprivoiser, en être à ce constat, béat, distancé du monde commun et distancé par le monde, avide de beauté.
Avoir ce privilège d’avoir ouvert les yeux. Sur le monde, sur les autres, sur ces autres, sur soi, mais ce n’est qu’un début. En attendant la fin. Avoir ouvert les yeux et se retrouver éblouis et heureux de toucher enfin à ce que sans savoir on attendait depuis toujours.
A quel point je vous aime, jamais vous ne le saurez car nous n’y mettrons jamais de mots assez forts ni justes. Il y a de la magie dans ce silence là.
Et ceci, rien, personne ni aucune chose sale et indigne de ce monde ne pourra en prendre ni en voler ne serait-ce que l’idée.
En ça, je peux partir tranquille.
Shut up / Silence
[Même jour, plus tard]
J’aimerais que ça se taise. Le bruit. Le bruit que l’on fait qui ne sert à rien. Le bruit qu’ils font. Que les portes se ferment et que l’on regarde des pièces vides. J’aimerais me taire, là maintenant, vite. Cela n’a aucun sens. Se forcer à parler. Un viol. Là sous les yeux de tout le monde. Je veux me taire, je veux me taire, je veux pouvoir me taire. Je veux pleurer, je veux pouvoir pleurer. Ca me dépasse, ça me fatigue, ça me plombe. Au fond de la mer. Une mer en béton. Une mer de terre.
Ah, les jours où l’on se lève du mauvais œil, celui plein de larmes.
Taisez-vous. Je veux dormir, là, vite.
Je peux faire beaucoup plus que ça. Je peux faire beaucoup plus que ça. Je veux faire beaucoup plus que ça. On nous a donné la parole pour mieux apprendre à nous taire. Le besoin est urgent, la dualité m’épuise ; je suis fatiguée, je ne suis plus des vôtres, ce n’est pas grave. Je me tais. Tant bien que mal. Mal, mal, mal.
Je ne suis plus de ce monde.
“Ne dis rien”
[11.10.07]
(Au « Temps au Temps », des heures qui paressent et paraissent durer toujours. Les vapeurs voilées d’un après midi qui ressemble à l’hiver, le froid en moins.)
Les rayons de soleil caressent ton cou, un verre de cognac se distille sur cette fin d’après-midi brumeuse et tiède : Baudelaire-Bastille. Le temps parfois se suspend. Alors je cours plus vite que leurs ombres. Bébé.
[08.10.07]
Je veille, je veille,
Je le dis peu mais tu le sais
Pourtant je veille
A mille lieux
Que la lune se couche
Et qu’elle en crève
Je veille.
Pourtant je suis ailleurs
Mais gardiens sont les anges
Cela ne se dit pas, souvent.
Mais toujours je veille
Je veille sur toi
Peu importe les heures
Peu, s’emporte ma foi
Elle est ternie et vieille
Mais gardiens sont les anges
Miséreuses les âmes
Il est bien là le drame
Mais sache que je veille
Que je veille sur toi
Je me fous de la foi
Et perds toujours aux changes
Car le monde est sans loi
Alors je veille
Car il faut que l’on veille
Que l’on veille sur toi.
Absolute
[07.10.07]
Les nuits c’est d’un trait, la vodka aussi.
SEPTEMBRE
Control
[28.09.07]
I should have kiss you downstairs.
“Love will tear us appart”
[??.09.07, Lyon]
Je ne peux rien avaler. La nuit tombe, l’air est tiède, mes yeux fatiguent. Vapeurs et tremblements. Se perdre puisque l’on ne se retrouvera plus. Tu pleures sans cesse et sans cesse je me retiens. Je les contiens ces salopes de larmes. Elles cognent à la porte, je les mets k.o, je les liquide.
Imper et sac à main
[26.09.07, Clermont-Fd]
Croiser Shannon Wright en allant aux toilettes, l’embrasser, avoir cinq ans, la remercier, se taire. Basculer d’un monde à l’autre. Rentrer. Fumer. Dormir.