SUBWAY : Scénario Rock

(VOIX OFF)

Hôtel Sheraton, deux semaines plus tôt. La pluie se lève sur une nuit trop courte clôturant un after-show bien arrosé dans un des bars rock mythiques de Bruxelles. Mes bottes claquent fort sur le pavé tandis qu’ivre et têtue, je fais le tour du quartier avec acharnement pour tenter de retrouver le sac de Samantha, fraîchement dérobé.

Je voudrais être déraisonnable, sortir, prendre Bruxelles by night et à bras le corps. Je m’engouffre dans la première rue à gauche et me retrouve immergée en plein quartier gay ; les terrasses sont bondées d’effervescence, je marche l’air décidé et regrette que la soirée touche à sa fin.

 

C’était la première fois que nous jouions avec eux. Je me rappelle… Franchir un mur du son de petits cris aigus comme un milliard d’oisillons affamés, faire notre baptême de foule et d’hystérie adolescente, assister à l’éveil flagrant mais non avoué du désir de deux mille ou presque jeunes filles hurlant toutes gorges déployées.

 

Ce soir à la Rockhal (Luxembourg), Adrien entamera le concert par « Bébé baise ». Cette pseudo provocation en guise de préliminaires me paraît assez suggestive pour donner le ton. C’est ça LE phénomène Initiales B.B.B et dieu sait qu’il nous amuse en toute gentillesse évidemment, nous ne sommes pas jaloux mais bien élevés.

Après huit heures de trajet, une heure d’installation et peu de calme, nous distillons en quarante minutes les morceaux de L’intranquille, notre nouvel album face à un public concentré, respectueux de la folie comme du sérieux, presque parfait en somme. J’ai chaud, je suis surexcitée et j’essaie de me calmer, de reprendre le contrôle de moi-même. Sarah sourit. Nous entamons Je monte la garde, le morceau que nous avons composé pour le court-métrage du même nom, quand soudain… explosion générale sur le premier refrain, reprise en chœur du bientôt traditionnel « Baissez vos armes » avant de finir trempée et déconnectée de tout sur Adieu Désir. Grisant.

La course ne s’arrête pas, direction le hall de la salle, discussions et dédicaces, des gens sont venus de Paris pour nous voir, cela me touche comme au premier jour, encore dans la tension du concert, les muscles crispés, le cerveau bloqué sur position avance rapide.

Demain, dix heures de route nous attendent avant de rejoindre la prochaine ville. « Calme toi » me dit la petite voix.

Je souris alors que nous traversons la salle vidée ou s’amasse désormais un public de gobelets et papiers tandis que nous retournons dans les loges…

 

 

A.M’

Laissac, Aveyron, 20 juin 2008